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vendredi 15 mai 2009

le second âge du jardin et du jardinier




















Le second âge du jardin (le rêve d’immortalité)

Le jardinier à pris quelques années, le jardin aussi. Ce qui était adapté a prospéré, les plantes de fantaisie ont disparu et il a du mal à se souvenir d’elles et de leur emplacement.  

Désormais, il plante du solide, fait de beaux trous, pense à drainer ; les cours de jardins commencent à donner des résultats.

Le jardinier prend conscience de l’équilibre de la nature, l’écologie est dans l’air du temps. De même qu’il sélectionne une nourriture bio et équilibrée afin de retarder la vieillesse, il abandonne les traitements chimiques au jardin , fait son compost, économise l’eau, devient raisonnable. Tout comme il surveille sa ligne, il évite les apports répétés d’engrais, donne leur chance à des végétaux réputés sobres ou ayant une action sur son environnement direct : purification de l’air par les eucalyptus, nettoyage du sol par les cultures associées etc... Il commence à semer des arbres pour prolonger la vie (oui, il les verra adultes), il cherche à donner un sens à son jardin (comme à sa vie) . 

Il invite de nombreux amis  autour de son barbecue, de sa piscine, il est justement fier de son Œuvre  l’ensemble ‘Maison et Jardin’ qu’il a réalisé (Elle aussi).

Son goût personnel s’est affirmé et il assume ses choix en matière végétale. Le jardin est le faire valoir de la maison et les prix de l’immobilier et du terrain le confortent dans ses choix. La retraite sera dorée au soleil sans trop de travail pour maintenir ce cadre idyllique.

La vie est belle, le jardin est beau, il est encore jeune, (le jardinier) et cela va être un jeu d’enfant de maintenir les choses en l’état. RAS pendant environ 10 ans...





dimanche 1 mars 2009

la pivoine




la pivoine

  

nom latin : Paeonia officinalis

famille : RENONCULACÉES


La pivoine doit son nom à Peon le médecin grec qui s’est servi d’elle pour guérir Pluton d’une mauvaise blessure. Au moyen âge,  sa racine charnue se portait en amulette contre la danse de Saint Guy.

C’est une belle et robuste plante herbacée dont la somptueuse floraison a assuré la pérennité dans les jardins. Au printemps, les tiges florales et les feuilles sortent de gros bourgeons renflés qui percent le sol. En quelques jours la plante déploie un large feuillage de 70 cm de haut. Les boutons floraux, eux,  prennent leur temps. Ils s’enflent jour après jour d’une sève nourricière, puis un matin, sans prévenir,  ils déchirent  leur enveloppe, libérant la masse obèse de leurs pétales de soie , débauche de jupons, dissimulant  le coeur noir tout poilu d’étamines. A ce stade, le parfum est encore enclos sous les rangs de pétales. C’est au second matin, dans le petit soleil, alors que le dépliement est bien orchestré, lorsqu’enfin le coeur noir fait comme un grain de beauté à cette chair rose, que le parfum délicat et poudré enveloppe la belle. 

Comment ne pas aimer la pivoine ! qu’elle soit rose ou blanche, ou bien de ce rouge sombre que ses étamines ponctuent d’or. 

Méfions nous de la belle, sa fleur est vénéneuse; mais qui parle de la manger, la regarder suffit à mon bonheur.


AU JARDIN :

La pivoine herbacée n’est pas difficile, mais elle a besoin de beaucoup de temps pour se sentir à l’aise et donner le meilleur d’elle-même.

Faites lui une place au soleil, préparez un grand trou où la terre sera travaillée et mêlée de bon compost maison ou d’un fumier bien décomposé. Placez sa racine charnue en forme de main sur une petite colline de terre en dépliant bien ses différents doigts. Les bourgeons bien visibles doivent affleurer le niveau du sol. Faites glisser le mélange terreux autour et bien arroser. Elle ne fleurira pas la première année, la seconde peut-être, la troisième certainement si entre temps vous l’avez oubliée, la laissant s’installer  à son rythme dans votre jardin. 

La récompense est à la mesure de votre patience ! quel spectacle lorsque qu’elle ouvre enfin ses gros boutons ronds !

Les plus belles pivoines , celles des vieux jardins ont parfois cent ans et couvrent plus d’un mètre carré. Il ne faut jamais les déranger, ne pas les déplacer, elles n’aiment pas cela. 

Attention à ne pas confondre la Pivoine officinale de port herbacé avec la Pivoine japonaise  au port arborescent, qui elle  est greffée.


SECRETS DE JARDINIÈRE

La pivoine fit naître beaucoup de superstitions rapportées depuis l’antiquité et répandues jusqu’à nos jours. Connue sous sa couleur rouge, on en a fait abusivement le symbole de la honte, ne dit-on pas encore  :”rougir comme une pivoine” .

Afin de  réhabiliter la belle, je confectionne une amulette qui donne de l’assurance aux timides, rougissant à tous propos, 

le gri-gri- de la timide :


Je dégage à la fin de l’été les racines d’une touffe de pivoine et je prélève avec un couteau bien aiguisé quelques ‘doigts’ bien charnus de sa souche. 

Je lave les morceaux et je les coupe en tronçons réguliers avant de les percer en leur centre d’une aiguille robuste enfilée d’un solide  fil de lin. Les rondelles, en séchant, vont se racornir un peu et prendre une couleur de vieil ivoire.

Je confectionne un collier en alternant les tronçons de racine et quelques perles de verroterie du commerce ou provenant de vieux bijoux d’un autre âge.  Le collier doit être assez long pour passer autour du cou sans décoiffer la belle timide. Pas besoin de fermoir, un solide noeud  à la ficelle suffit. 


En portant ce collier avec assurance, la rougissante, sans perdre son innocence, ne craindra plus de s’affirmer en société. 



La pivoine est une magnifique fleur à bouquets. Pour qu’elle ‘tienne’ longtemps en vase, je les cueille dès que l’enveloppe du bouton craque laissant apercevoir la couleur des pétales. L’agencement somptueux de ses pétales en fait une reine qui m’a besoin d’aucun feuillage pour souligner sa beauté. Un vase à large col permet  aux fleurs de s’alanguir sans perdre de leur grâce.   

mercredi 4 février 2009

le figuier




Le figuier


Le figuier, Ficus carica, est une plante très répandue à l’époque de Pline (23/79). Son nom vient du fait que l’une des meilleures espèces était celle qui provenait de Carie (Asie-Mineure). Dans la nature, c’est un arbuste bas à branches entremêlées avec une écorce grise. En culture, il donne deux sortes de fruits : en juin, ceux qui ont passé l’hiver sur l’arbre, gros et sucrés, puis en septembre, une grande quantité de fruits plus petits.

On apporte dans les vergers, des branches de caprifiguier (figuier au bouc) pour introduire le ‘Blastophaga grossorum ‘, un insecte qui s’insinue dans la figue et féconde les fleurs qui sont à l’intérieur.

Au jardin, le figuier n’est jamais aussi beau que près du puits ou du lavoir, car si il pousse partout, il prend toute sa magnificence les pieds au frais.

Il faut cependant éviter  de l’installer près d’une terrasse, car à maturité ce sont des centaines de figues qui s’écrasent à terre !

Les bonnes variétés se transmettent entre jardinier : en Février on taille de beaux rameaux que l’on plante en terre fraîche en enterrant 2 ou 3 yeux.

 

Son fruit  faisait partie du régime des athlètes aux Olympiades. ‘Confiture de pourpre qui craque sous la dent’.

Pourtant à Rome, ‘vivre de figues’, c’était vivre dans le luxe et la mollesse.

Apicius  gastronome romain (-25) avait imaginé de gaver les oies gauloises avec des figues sèches et bien sucrées pour obtenir un foi gras de qualité.


Anciennement, le latex du figuier servait à faire cailler le lait destiné à la fabrication du fromage.

Ce même latex, appliqué sur les verrues et les cors , les fait disparaître.

Très utilisé en médecine populaire, le sirop de figue est fortement laxatif.

En Provence où ce fruit est commun ont dit souvent : "J'ai travaillé pour des figues" c'est à dire pour un salaire dérisoire !

On dit communément aussi pour des nèfles, ces fruits étant aussi communs chez nous.



dimanche 1 février 2009

La passion des fleurs







LA PASSION DES  FLEURS


Donnez des crayons de couleurs à un enfant et spontanément,  il vous dessinera une fleur !  

Quelle fleur ? Une belle fleur, inconnue du botaniste, avec un coeur énorme d’ou jaillissent des rangs serrés de pétales éclaboussés d’un rouge vif ou d’un violine baveux , le tout porté par une modeste tige dont on voit bien qu’elle ne sert à rien, si ce n’est à permettre leur cueillette par une petite main ravageuse....

Les fleurs,  je les ai voulues ainsi,   aux formes simples,  aux couleurs de l’enfance. Pas de hiérarchie dans mes amours :  Le coquelicot qui déplie son frêle jupon de soie ponceau m’émeut autant que le bouton de  la  rose chou   qui enclos sous ses sépales,   plus de cent pétales de satin glacé. 

J’aime  pareillement la frivole capucine fluorescente, capuchon d’une fée clochette fantasque qui s’acoquine avec le  soucis des champs, un peu trop gras, un peu trop orange, mais si bon compagnon. 


J’ai souhaité retrouver les odeurs et les parfums appris dès l’enfance, quand les fleurs se laissent respirer à hauteur du nez :   la rose aux  jupes de soie  champagne d’où s’échappe ce parfum de thé et de vieilles dentelles, la  grosse pivoine rouge, trop maquillée qui sent la poudre de riz, le lis et ses cornettes blanches à  odeur de sainteté, la minuscule violette aux subtiles effluves... 

Parfumées, si odorantes, que je noie leur intime senteur  dans l’ huile  ou  dans l’alcool pour mieux la capturer.

Belles, si belles que parfois je les mange toutes  crues, d’autres fois, je déshydrate leurs fleurs  pour  les ressusciter plus tard, dans l’eau de mes tisanes.

Colorées, si vives et si gaies  que je sèche  leurs corolles pour égayer mon hiver  d’un pot pourri éclatant .

Simples, si faciles que je laisse leurs fleurs grainer et ensemencer dans une joyeuse pagaille,  les joints de vieux mortier  de la terrasse. 


Toutes ces fleurs et bien d’autres se côtoient dans mon jardin, regroupées par affinité, voisinant par hasard, renaissant chaque printemps,  jamais tout à fait à la même place.  Il faut les fréquenter depuis longtemps pour reconnaître  à coup sûr, parmi les herbes folles ou les graviers de l’allée,  leur  minuscule  progéniture issue des innombrables graines dispersées au hasard  des vents d’automne ou perdues par des bataillons de  fourmis convoyeuses de graines. 


Laissez vous séduire par le jardin de fleurs, laissez vous emporter par ce  tapis magique des mille et une nuits,  que la jardinière a brodé à points comptés de  mille repiquages.  

mardi 13 janvier 2009

premier jardin en Provence



 



































Vous venez d’acquérir une maison et le jardin est à faire ou à redessiner et vous ne savez pas par où commencer.  Notre expérience de terrain nous permet aujourd’hui de vous donner quelques règles simples qui vous ferons gagner du temps et  de l’argent !


OBSERVER :

Si les allées ne sont pas tracées, observez les trajets de la famille, et faites en des allées. Le bon sens nous fait toujours choisir le plus court chemin.

Notez tous les arbres et arbustes que vous rencontrerez. Certains sont solides, beaux toute l’année même si leur floraison est insignifiante, garder les. Ils serviront à appuyer vos futures massifs fleuris.

Même si votre terrain est petit, n’essayez pas planter partout pour “garnir”. Vous ne pouvez pas tout gérer et vos acquisitions vont souffrir ou pire mourir.

Repérez un coin un peu frais et faites un apport de bonne terre que vous soutiendrez par des planches ou des cailloux. C’est la que vous mettrez en jauge vos boutures et vos plantes délicates. 

Vous y grouperez aussi les plantes dont vous n’avez pas encore choisi l’emplacement.

Veillez à ce que cela soit près d’un point d’eau afin de les abreuver dès qu’elles “demandent”. vous pouvez ainsi faire des centaines de boutures de santoline ou de romarin (c’est inratable) afin de border vos massifs l’année suivante. (demander les tailles de vos amis ou voisins)


RÉFLÉCHIR :

Le jardinage doit rester un plaisir, si l’entretien devient une corvée, c’est que vous avez mal mesuré vos possibilités. 

Choisir un dessin simple pour votre jardin, en évitant les massifs ovales ou ronds bordés de grosses pierres. 

Combien d’heures par semaine vais-je consacrer à mon jardin ? Comment gérer les absences et les vacances ? 

Suis-je décidé à payer des notes d’arrosage “salées” ? le choix des plantes peut la réduire de moitié.

Donner à son jardin une couleur locale  et éviter les lauriers cerises et les thuyas qui vous feront classer immédiatement dans la catégorie  “parisiens”.


CHOISIR : 

Tout d’abord l’arbre (ou les) d’ombrage qui vous permettra de profiter du jardin au coeur de l’été sans vous “ensuquer”.

La haie  qui vous sépare des voisins , évitez une seule espèce, car en cas de maladie c’est l’épidémie à coup sûr. Pensez aux arbustes à baies pour les oiseaux, aux rosiers grimpants pour les  fleurs  etc....

Les fruitiers si vous êtes gourmands, amandier, figuier (si eau ), néflier, jujubier, sont des arbres du sud, sans soucis et sans entretien.


NOTER :

Noter toutes les plantes qui vous plaisent sur un carnet afin de ne pas aller en jardinerie acheter la première grosse fleur juponnée de rose ou de bleu que vous rencontrerez.

Si vous ne connaissez rien, essayez d’apprendre par la couleur. Une couleur par massif et vous regroupez ainsi tout  ce qui vous plaît, les nuances différentes, les buissons verts ou gris formeront une harmonie à coup sûr. Notez les périodes de floraison afin de ménager les effets de l’année prochaine. 

Notez vos achats nom commun et non latin (quand il y a par chance une étiquette), dans un cahier, avec la date et si possible le lieu d’achat et le prix. Vous saurez plus tard, l’âge de vos arbres et vous comptabiliserez aussi les décès  et le prix de vos erreurs !

Cette démarche fait un peu vieux jeu, mais c’est un fabuleuse mine de renseignements lorsque l’on veut étudier un jardin  dans sa maturité.


LE DROIT A L’ERREUR

Presque tous les débutants achètent des barquettes déjà fleuries, des grosses fleurs doubles de préférence, des exotiques capricieuses, les dernières raretés des catalogues de vente par correspondance etc....

Avant d’investir dans ces fantaisies coûteuses, investissez dans les végétaux de base d’un jardin du midi  :  les increvables, les valeurs sûres, les toujours verts, les parfumés........

myrte, romarin, alaterne, laurier tin, filaire teucrium, pittosporum, cyprès, laurier rose, phlomis etc.  


LES VALEURS SURES :

Les jasmins   : Rhynchospermum, jasmin azoricum, jasmin polyanthum.

Les rosiers lianes de fin d’hiver : Rosier de Banks jaune ou blanc, Sénateur Lafolette ou La belle Portugaise, à laisser courir sur un grillage,grimper dans un arbre ou sur le toit.

Les rosiers anciens ou non, résistant à la chaleur  et remontants : Old blush China, Mairmaid, Enna Harkness, New Dawn, Général Schablikine....

Les aromatiques : Romarin ,myrte, santoline grise ou verte, sarriette, origan, rue, mélisse, citronnelle... Certains seront traités en haies basses pour entourer les massifs, d’autre en mélange avec les fleurs.

Les méditerranéennes solides : Plumbago (les 3), lauriers roses, teucrium, cistes, cassia, bignones

La  plante carte postale : Palmier, mimosa, bougainvillée, agave et votre jardin sera étiqueté “Côte d’Azur”


LE B. A , BA :

Commencez à aménager le pourtour de la maison, fleurissez les fenêtres, offrez vous quelques jolies jarres ou gros pots que vous garnirez de pélargoniums. C’est facile et cela remonte le moral . 

Après avoir envisagé un plan d’ensemble de vos massifs, attaquez-en un à la fois.

Installation de l’arrosage, amélioration du sol, mise en place des végétaux en pensant à leur taille adulte. Attendez la fin de l’été pour planter afin de profiter des nuits plus fraîches.

Achetez petit (sauf pour votre arbre d’ombrage), mais ne radinez pas sur la nourriture et l’arrosage pour le démarrage des plantes. Réduire peu à peu mais sans sevrer complètement !


LE VOISIN :

Si vous avez un voisin installé avant vous, sollicitez une entrevue de son jardin et prenez note de ce qui y pousse bien, cela marchera certainement chez vous. Demandez lui le nom de ses plantes et à l’occasion un petit bout à bouturer. Tenez le au courant de vos progrès. Ce genre de rapport évite bien des guerres de voisinage capable de vous gâcher le barbecue du dimanche.


LA MULTIPLICATION :

Bouturez vos plantes préférées, afin de boucher les trous.( Sur une petite table installée dans votre coin frais) Plantez dense pour éviter la terre à nu. Il sera toujours temps de transplanter dans un nouveau massif, vos belles réussites. En règle générale, un plante vivace double de volume dans l’année.


L’AMOUR :

Votre jardin sera réussi s’il vous ressemble. Un jardin contre nature (la votre) sera difficile à entretenir et vous lassera vite. Mettez y votre coeur, vos souvenirs d’enfance, vos tocades et vos erreurs et passez y de merveilleux moments. Montrez le à vos amis, un jardin se partage et comme un tableau a besoin d’être admiré.  

Bon courage ! votre oeuvre sera à point dans 9 à 10 ans..........







vendredi 28 novembre 2008

MON JARDIN D'ENFANCE


L’eucalyptus médicinal ou Gommier bleu



C’est un arbre que l’on ne remarque pas tout de suite lorsqu’on est enfant tant il est grand. On peut passer près de lui sans le voir, il ne fait pas d’ombre au jardin  et sa ramure  fantasque  si haut perchée se signale seulement les jours de grand vent.


Le jardin de mon enfance en  abritait un dont les troncs jumeaux s’éloignaient l’un de l’autre  à mesure qu’ils s’élevaient vers le ciel. Il n’attira pas mon attention tout de suite, mes observations et mes joies enfantines restant au ras des petites fleurs bordant les  allées.


Mon père nous le  présenta avec respect : “c’est un médicinal !”

Il avait dû apprendre la particularité de notre eucalyptus auprès du voisin , pharmacien à la ville. Il nous expliqua que ce arbre venue d’Australie soignait les fièvres, chassait les moustiques, et sauvait des familles entières de la bronchite catarrheuse.


C’est avec respect et admiration que je rendis visite quotidiennement à l’arbre médecin. 

Après quelques semaines de rencontres régulières, il me parût assez familier  et je pris un plaisir particulier à l’enserrer de mes deux bras en renversant la tête vers son sommet. Cela me procurait une sorte de vertige assez agréable.

 

Plus familièrement,  je caressais les troncs puissants  dont l’écorce fine pelait en fin lambeau. J’aimais les arracher doucement,  pour laisser apparaître la peau . En se détachant, l’écorce découvrait une peau lisse et neuve, un peu rosée , tout comme celle que libérait le sparadra de mes genoux perpétuellement couronnés.


Plus tard, enhardie par sa fréquentation quotidienne, je décollais un peu l’écorce avec mon canif, pour ensuite la tirer d’un coup sec en la soulevant jusqu’à hauteur de ma tête, détachant sauvagement sa vieille peau rugueuse. Je me fabriquais alors des bracelets sauvages, d’un bout d’écorce roulée,  fermée d’une brindille piquée dessus  - dessous. 


Avec ses fruits, en forme de petite toupie, d’un vert pruiné, comme saupoudré de farine, je confectionnais des colliers barbares en les nouant l’un après l’autre sur un cordonnet. La parure, odorante et  poisseuse faisait son petit effet  sur mes cousins facilement admiratifs.

Autour du tronc de l’eucalyptus, rien ne poussait, même les puissantes acanthes se tenaient à distance respectable et je pouvais, à loisir, inventer des danses tribales autour de son tronc bifide.

Le grand sorcier couvrait le sol alentours des feuilles ôtées à sa coiffe de verdure,   empoisonnant le sol de leur essence balsamique. Aucune petite fleur, aucune herbe ne s’aventurait à  germer à ses pieds.  Royal et solitaire, il marquait ainsi  son territoire, décourageant d’avance toute promiscuité. 

Une nuit d’hiver, un mistral terrible souffla toute la nuit.  Une sorte de miaulement gigantesque suivit de frottements sourds et angoissants réveilla toute la maison. Quelle bête malade, quel oiseau étrange , quel chat amoureux, pouvait gémir avec autant de désespoir et de constance ?

A vrai dire, nous n’étions pas très fiers et mon père vérifia plusieurs fois la fermeture des portes de la maison. 


Au matin, le mistral n’avait rien perdu de sa vigueur. Le ciel  balayé dans tous les coins, débarbouillé de toute trace  de nuage, était éblouissant de lumière. Dans sa folie ménagère, le vent du nord secouait avec force  l’eucalyptus. Les branches emmêlées par son ardeur, se débarrassaient à chaque bourrasque, dans une friction  sauvage, de leur lambeaux de vieille écorce, de leurs fruits secs, de leurs jeunes branches trop fragiles.

Manoeuvrées sans ménagement, elles s’entremelaient , puis se séparaient     dans un long gémissement presque douloureux.

C’était la plainte continue de l’arbre , tordu par le mistral qui avait troublé notre sommeil.

Au pied de l’arbre, un incroyable fouillis s’accumulait. Quelques branches mortes, quantité de brindilles, et surtout ce qui me fascinait , les lambeaux d’écorce roulés sur eux mêmes, desquamations odorantes , dépouille encore  tiède du combattant de la nuit.

Les fruits,  grosses capsules à quatre côtes, finissaient dans la vieille casserole à infusions qui mijotait sur le coin de la cuisinière. 

Les feuilles en forme de faux,  avaient elles aussi un usage thérapeutique : déposées sur  le dessus du fourneau, elles se tortillaient, exsudant leur précieuse huile odoriférante qui nous protégerait de tous les maux pendant la mauvaise saison.


Malgré toutes ces précautions,  il pouvait arriver que l’un de nous  s’enrhume. Avant d’appeler le médecin, on ne le dérange pas pour rien, nous avions droit à l’inahalation de feuilles d’eucalyptus. 

Une grosse poignée de feuilles fraîches brisées était mise à infuser dans un grand bol. La tête recouverte d’une épaisse serviette éponge, il fallait respirer avec application les vapeurs grasses et un peu écoeurantes du bel eucalyptus.  

Lorsque malgré les soins, le rhume tournait à la bronchite, nous avions droit aux préparations pharmaceutiques du voisin. Il élaborait dans son officine, un sirop à base de thérébentine, d’eucalyptol et de bien d’autres essences inconnues. Une bouteille de verre blanc au bouchon vissé  contenait le précieux sirop ambré. Une étiquette d’écolier portait à l’encre violette le nom du malade et le n° de référence de la composition magistrale.

A vrai dire, ce breuvage était réservé aux adultes, mais dans les cas sérieux, il nous était permis d’en siroter quelques cuillers. Souvenir brûlant et parfumé à la limite de l’écoeurement. J’avais l’impression d’avaler la sève de l’arbre tout entier. Nous préférions tout de même cette médication exceptionnelle à l’humiliant   traitement  par suppositoires à l’eucalyptol.



Un hiver, le gros vent d’est souffla  avec violence. Au matin les bourrasques avaient fait silence et cédé la place à la pluie. Le jardin silencieux se remettait de sa folle nuit. En sortant de la maison, nous vîmes l’étendue du désastre. Un des troncs jumeaux de l’eucalyptus, le plus étoffé à sa cime, touchait  terre. Tordu, déchiqueté  à mi-hauteur, il dénudait une chair aux fibres longues et tendres. Il n’avait pas cassé, mais après une nuit de lutte, lui qui tenait tête au Mistral, avait cédé aux coups de butoir de la tempête d’Est. Encore retenu par sa chair effilochée, il pendait lamentablement jusqu’au sol. 

Mon père entrepris la coupe du tronc , à deux mètres du sol, bien au dessous de la blessure fatale. Le bois  se laissa tronçonner facilement bien que sa sciure encrassa vite les dents de la scie. Le tronc dépecé, les morceaux furent brûlés  le soir même dans la cheminée. La sève bouillonnait et moussait    aux extrémités de la bûche en gémissant, comme un reproche à notre empressement.


Mon arbre avait une drôle d’allure après cette amputation. Au  printemps suivant, de drôles de bourgeonnement cernèrent le moignon. Des feuilles rondes et grises se développèrent comme pour camoufler la plaie. En une saison, les tendres pousses étaient devenues de solides  branches de plus de 3 m ! 

Ses feuilles  rondes et argentées faisaient place au cours de la croissance    à d’autres,  lancéolées, étroites et aiguës, courbées à la façon du fer d’une faux. La couleur métallique  de ce feuillage toujours agité se découpait violemment sur le bleu naïf du ciel. 

En plein été, lorsque le soleil cuisait tout le jardin, il  n’offrait même pas d’ombre à ses voisins. Les feuilles pendantes,  luisantes d’huile intimement suintée, se tournaient suivant la course du soleil , n’offrant que leur mince profil afin de limiter leur déshydratation.


J’avais observé sa continuelle floraison au sommet : bouquets de curieuses fleurs blanchâtre dont l’éclosion commençait dès décembre. Le bouton floral, en forme de petite toupie, en  s’ouvrant  projetait son opercule et  libérait alors un gros bouquet d’étamines soyeuses. Le sol était parsemé  de petits couvercles pointus recouverts d’une pruine grise odorante. Les abeilles, en mal de butin en cette saison, s’acharnaient à piller en un bourdonement continu  ces fleurs exotiques. Au sol, un tapis d’étamines brisées témoignait de leur ardeur au travail.


J’aimais déjà cet arbre et j’appris à le connaître. 

L’eucalyptus est une introduction  de fraîche date. Il était arrivé sur la Côte d’Azur seulement un petit siècle avant moi et pourtant on le trouvait déjà dans tous les jardins   où ses vigoureuses racines pompaient avec avidité  les eaux usées  s’écoulant dans les puits perdus. 

Avec une belle santé, il  cabossait bien vite les allées de ses racines cagneuses et soulevait avec sans gêne les l’enpierrement des terrasses à la recherche d’un peu d’humidité. On lui pardonnait ses excès car il était considéré comme un arbre “antiseptique”. La grande transpiration de son feuillage immense soumis à une lumière intense était reconnu pour assainir l’air et chasser les moustiques inoculateurs des fièvres paludééennes.

Le goût de l’exotisme aidant, on leur trouva bien vite un intérêt commercial. Les branches ornées de boutons floraux  furent collectées pour le commerce de la fleur coupée. Expédiées dans toute l’Europe, elles avaient un certain succès. De nos jours, on commercialise encore des bottes de tiges défeuillées dont les boutons immatures et pruinés de gris,   sont utilisés dans les bouquets de fin d’année. Son feuillage juvénile  est récolté pour le commerce de la fleur coupée.


 


mardi 25 novembre 2008

IDÉES JARDIN



































C'est le moment de bouturer les rosiers lianes comme Rosa Banksiae lutea, le rosier à bouquets de petites fleurs jaunes qui couvre les ramades en Provence. Procurez vous une branche de préférence ayant fleuri, d'au moins 60 cm, chez un ami qui possède ce rosier .
Munissez vous d'une barre à mine (grosse tige de fer destinée à casser la roche) un voisin bricoleur vous en prêtera une !
Choisissez l'emplacement qui convient à une liane géante ,( au moins 6 m en quelques années), et enfonçez la barre à mine légèrement en biais dans un sol meuble (après la pluie c'est parfait) sur au moins 50 cm. Glissez la tige de rosier offerte ou prélevée lors de vos ballades, dans le trou et bornez la fermement (comme un poireau au potager) avec la barre à mine. Il se forme un trou en entonnoir tout à côté de la branche où vous verserez un peu d'eau. Assurez vous qu'elle est bien calée en tirant légèrement dessus : elle doit résister, sinon recommencez !
Attendez le printemps sans rien faire de plus et il y a 90 % de chances que de jolis bourgeons pointent leur nez dès le mois de Mars. Ce rosier très peu épineux couvre les vieux arbres, les cabanons, les grillages. Il perd ses feuilles au début du printemps dès qu'il forme ses bouquets et les reprend aussitôt. Aucun soin particulier ne lui est nécessaire. Il faut lui éviter une façade plein sud car il risque une poussée inesthétique d'odïum. Il se taille s'il envahit le passage, immédiatement après la fin de floraison, mais donne le meilleur de lui-même laissé libre à l'assaut d'un vieil arbre ou d'une solide pergola.
Les rosiers suivants se bouturent facilement de la même manière :
Rosa banksiae (Blanc), Rosa 'Félicité et Perpetue' (blanc),Souvenir de Madame Léonie Viennot (rose carné), Sénateur Lafolette (Rose chamois), Albertine ( rose tendre), Rosa multiflora (blanc pur) etc....
Rosa banksiae blanc est aussi facile et il sent bon la violette. Le jaune n'a pas de parfum mais essayez le par exemple dans un arbre de Judée qui fleurit en même temps. Le mélange est enchanteur.

jeudi 20 novembre 2008

LES SAUGES D'AUTOMNE



Qui a dit que le jardin était triste en novembre ?
La pluie du début du mois a enfin imprégné le jardin en profondeur. Les journées ensoleillées font exploser la floraison des sauges exotiques : Salvia guaranitica, Salvia confertiflora, Salvia leucantha, Salvia elegans, Salvia neurepia, Salvia involucrata.... dès que l'inflorescence est terminée, je pince les tiges sur 15 cm afin de favoriser de nouveaux bourgeons. Le petit bout ne part pas au compost ! légèrement effeuillé, raccourci, je l'enfonce en pleine terre. Reprise assurée en cette saison. Ainsi la grande bleue, Salvia guaranitica ponctue les différents massifs du jardin car elle fleurit aussi bien à mi-ombre qu'au soleil. Ces plantes faciles résistent à un petit froid, et fleurissent pour certaines 9 mois par an. J'en cultive une trentaine au jardin depuis plus de 15 ans mais j'ai abandonné les plus capricieuses et les plus fragiles.

Vous ne connaissez que la sauge officinale, Salvia officinalis, c'est pas grave, je vais vous donner une recette qui amusera l'apéritif dominical :
Cueillez vos plus belles feuilles de sauge, les laver et les éponger avant de les tremper en les tenant par la queue dans une pâte à beignet très légère. Plonger dans la friture chaude et laissez gonfler (vous avez enlevé les doigts bien sûr).
Vous allez sortit une sorte de petite souris rebondie avec sa queue. Saler et croquez c'est délicieux, curieux et si la sauge est insoupçonnable, elle vous fera du bien et cela vous changera des cacahuètes !